Chapitre 2
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Encore là toi ?
Je relevai la tête pour apercevoir la nouvelle venue et découvris Katy, mon infirmière. Elle portait une légère écharpe bleu marine sur sa blouse blanche dont l'éclat ressortait sur son jeans foncé. Ses cheveux bouclés noirs tombaient en cascade sur ses épaules, voletant au grès du vent. Elle sortit de sa poche un paquet de cigarettes ainsi qu'un briquet argenté quand je la stoppai.
- Je t'apprécie beaucoup Katy, mais si je viens ici, c'est pour sentir l'air frais de l'océan me coller à la peau, pas pour rentrer dans ma chambre avec un goût de pétrole au fond de la gorge.
- Toujours aussi franc à ce que je vois,
capitula-t-elle. Pourquoi viens-tu aussi souvent regarder les vagues ?
- Parce que j'aimerais me retrouver de l'autre côté ... Je ne veux pas passer ma vie à l'hôpital en attendant que quelqu'un veuille de moi ! C'est déjà assez dur d'être prisonnier de sa mémoire, alors je ne veux pas le devenir de ma chambre. Et puis, je ne sais pas. J'aime me retrouver ici. L'océan me parait tellement grand, je peux m'imaginer comme je le veux, refaire mon passé chaque jour. Cette étendue bleue représente une certaine forme de liberté pour moi,
avouais-je.- Je n'ai quitté la ville que pour partir à la montagne, chez mes grands-parents, et je ne me suis jamais sentie aussi encerclée. Comme si je n'avais plus d'air,
confia-t-elle à son tour. Je ne te connais pas tellement Andrew, mais je suis persuadée que tu étais –et est toujours- un gamin génial. Avec un sale caractère certes,
ajouta-t-elle, me faisant sourire, mais quelqu'un de bien en tout cas.
- Tu as quel âge Katy ?
- 24 ans,
me répondit-elle, surprise. Pourquoi ?
- Pour en savoir un peu plus sur la femme qui se soucie de ma santé chaque jour ... Je commence à avoir froid, on se voit pendant ta dernière ronde,
lâchais-je en me levant.Je sentis son regard me suivre jusqu'à ce que je rentre dans le bâtiment et, tandis que je rendais le bracelet au surfeur de l'accueil, le visage de Lily me revint en mémoire. L'ascenseur grimpant les étages, je me focalisai sur chacun de ses détails. Sa coiffure était particulière. Courte avec des piques, blonde presque transparente à la
Agyness Deyn, top model que j'avais découvert il y a une semaine sur la couverture d'un magasine de mode de la salle d'attente. Elle portait un t-shirt bleu marine à manche trois-quarts assorti à un slim noir. Elle avait des yeux gris avec quelques tâches noires qui ressortaient sous la couleur de ses cheveux. Me focalisant ensuite sur le décor, je remarquai que, bien qu'elle soit assise devant un piano, elle ne jouait pas. Seul le bruit des vagues venait troubler le silence. Lily se trouvait dans une pièce qui donnait sur la plage et la mer, je supposai que c'était une véranda. Et c'était tout. Je n'avais rien d'autre mais, aussi faible soit ce souvenir –car c'en était un pour moi-, il m'était essentiel. Retrouvant mes esprits, je poussai la porte de ma chambre et trouvai Aaron, complètement avachi en travers de son lit, la Tv allumée.
- Vive la jeunesse,
marmonnais-je en m'asseyant sur mon lit. Tu comptes te transformer en limace prochainement ?
- Très drôle Kyle,
me répliqua Aaron, suivi d'un grognement digne d'un buffle.- Ne m'appelle plus comme ça, c'est déjà assez dur de ne me souvenir de rien ...
- Tu as vraiment tout oublié ?
Me demanda-t-il, intrigué.- Et bien, je sais juste que je m'appelle Andrew et que j'ai 16 ans, c'est tout,
lui répondis-je, cachant l'existence de Lily.- Pourquoi tu es ici ?
- Mon plus vieux souvenir est le mur blanc de cette chambre. Je ne sais pas comment je suis arrivé ici, on n'a d'ailleurs jamais voulu me le dire ...
Dis-je, songeur.- C'est étrange,
s'interrogea-t-il à son tour. En tout cas, si je peux t'aider pour que tu retrouves ta mémoire, n'hésite pas !
- Merci,
m'étonnais-je, mais pourquoi cette attention soudaine ?
- Mon grand-père avait Alzheimer, je sais que c'est très dur de ne se souvenir de rien,
me dit-il tristement.« Désolé » fut le seul mot qui me vint à l'esprit, ne sachant et ne voulant pas m'éterniser dans ses souvenirs. Me levant et lui prenant la télécommande des mains, je coupai le son et retournai m'asseoir. S'asseyant à son tour, il me regarda, suspicieux.
- Pourquoi toi tu es ici ?
Demandais-je alors.- J'ai un problème à mon foie et je dois me faire opérer ... Demain,
ajouta-t-il alors. Ca fait combien de temps que tu es ici ?
- 44 jours aujourd'hui. Et dire que tu n'en es qu'à ton premier ... Tu vas vite en avoir marre, crois-moi.
- Tu sais, tant que j'ai la télévision, un magasine ou l'autre. Et puis, la plage est juste à côté ! Je pourrai continuer à faire du sport en allant nager si l'eau n'est pas trop froide,
affirma-t-il.Aaron était blond, avec des épaules carrées, son 1m80 largement atteint et on aurait facilement pu le confondre avec ces jeunes lycéens footballeurs-stars que j'avais déjà vu dans des séries niaises. Seulement, même si je ne le connaissais que depuis ce matin, je savais qu'il n'était pas comme ça. J'aimais cerner les gens et je me trompai rarement, jusqu'à présent en tout cas.
- Malheureusement pour toi, ils ne nous laissent pas nager dans l'océan. Possibilité d'évasion qu'ils disent ...
Rajoutais-je, un air de dégoût sur le visage.- Je vois ... Tu seras là pour me tenir compagnie,
dit-il, pour soulager l'atmosphère.- Ne compte pas être sur mon dos 24/24h,
le narguais-je, mais je t'apprendrai la vie ici si tu veux !
- Pourquoi pas. Dis-moi, une dernière question ... Personne ne t'as jamais recherché ?
Me demanda-t-il, gêné.- La police a lancé des avis mais personne n'est venu, non ...
Même moi, je perçus la tristesse qui perçait dans ma voix et je remis directement le son de la télévision pour couper court à la discussion. Aaron respecta mon choix et se remit en position de larve. Quand à moi, j'optai pour un livre que Katy m'avait apporté. L'ouvrant, quelque chose tomba sur mes genoux. Ce devait être un signet qu'elle avait oublié et je l'ignorai, plongeant dans les premières pages du livre. Deux heures plus tard, fatigué d'avoir tant lu, je pris le marque-page dans mes mains pour l'utiliser à mes fins personnelles. C'était une photo et je la retournai pour pouvoir voir de quoi il s'agissait. Surpris, je retins un hoquet de frayeur en reconnaissant Lily, habillée de la même façon que dans mon souvenir. Il y avait à peine quelques heures, j'étais persuadé que, même si je ne connaissais pas mon passé, j'étais maître de mon destin. Mais en voyant cette photo, un doute s'insinua lentement en moi ...
« Et si on me manipulait ? »